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buste de Néfertiti : nouvelle enquête

(article paru dans le hors série n°5 de pharaon magazine)

Néfertiti, la belle est venue

Mondialement connue, la grande épouse royale d’Akhenaton, Néfertiti, est un des symboles de l’Égypte. Elle subjugue par sa beauté parfaite. Elle étonne par son rôle politique et religieux faisant d’elle le quasi égal du pharaon. Aussi connue soit-elle, paradoxalement, nous ne savons rien de sa vie, de ses origines. Pis, son véritable nom reste un mystère total !

Texte & photographies de François Tonic

Mais qui est donc cette « belle est venue » au visage si parfait du buste de Berlin ? Depuis plus d’un siècle, les archéologues remuent le sable d’Amarna et de Louxor dans l’espoir de trouver des indices. Rien ! Ce « mannequin » apparaît aux côtés d’Amenhotep IV – Akhenaton vers 1351-1350. Immédiatement, elle est omniprésente auprès du pharaon. Parfois, elle officie seule durant les cérémonies. Preuve de son exceptionnelle importance pour le roi, car il est rarissime qu’une reine soit montrée seule sur les murs des temples.

Une femme totalement inconnue de l’Histoire !

Elle doit avoir à peu près 13 – 15 ans à son couronnement. Pour l’occasion, les prêtres lui donnent un nom de couronnement (un nom officiel en quelque sorte), Néfertiti, littéralement la « belle est venue ». Nous ne connaissons pas le véritable nom de la reine (son nom de jeune fille). Pis, nous ne savons pas d’où elle vient, ni l’identité de ses parents, de sa famille. Une certitude : elle est Égyptienne. Sa famille est sans doute influente ou ayant un certain pouvoir. De nombreuses hypothèses ont été émises sur ses origines : originaire de la ville d’Akhmin au nord d’Abydos, fille du haut fonctionnaire Aÿ, successeur de Toutankhamon, une cousine de la reine mère Tiyi. Sa nourrice fut Tiy, la femme de Aÿ.

Durant la célébration du jubilé d’Amenhotep IV, Néfertiti est l’incarnation de la déesse Hathor, fille du dieu soleil, Rê. Elle sera au cœur, avec Akhenaton, de l’art nouveau que le roi impose. Nous la voyons jouer avec ses filles (elle en aura six). De sa vie, rien. Nous avons juste des « photos » de la presse « people » sur les temples et les décors des tombes. Durant le dernier tiers du règne d’Akhenaton (de l’an 12 à 17), elle semble disparaître des documents officiels. Elle meurt peut-être avant le pharaon. Nous ne connaissons ni sa tombe, ni sa momie.

Le buste de Berlin : polémique, réclamation, fausse antiquité…

Depuis la découverte du buste de Néfertiti à Amarna par l’archéologue Borchardt en 1912, les polémiques n’ont jamais cessé. Sorti d’Égypte plus ou moins légalement, le buste fut caché pendant plusieurs années avant d’être exposé au public. Zahi Hawass a souvent réclamé son retour au pays (1). Et régulièrement, des doutes sur son authenticité refont surface. Henri Stierlin a longuement enquêté sur le buste et est convaincu qu’il s’agit d’un faux réalisé par Borchardt. L’objet n’aurait jamais dû être dévoilé au public.

La découverte du buste et le partage douteux des trouvailles

La date officielle de la découverte du buste de Néfertiti est le 6 décembre 1912 dans les ruines de l’atelier du sculpteur Thoutmosis. Cet atelier est un trésor archéologique exceptionnel. Le buste en est le plus beau bijou. Il est montré aux Altesses Impériales allemandes en visite sur le site de fouille d’Amarna. Une petite photo montre le buste lors de sa découverte, c’est tout. Et encore, le buste semble sale, sans couleurs. Et Borchardt ne publiera un compte rendu de la découverte que plusieurs années plus tard.

À l’époque, les missions archéologiques et les Antiquités égyptiennes se partageaient les découvertes. Le directeur du musée du Caire, le Français Lefèbvre, fut chargé du partage en 1913. Or, il attribue le buste aux Allemands ! Le Français a-t-il été trompé sur la valeur de l’objet ? L’a-t-il vu (il ne semble pas) ? Quoi qu’il en soit, le bordereau du partage est signé. Borchardt peut donc très officiellement partir pour Berlin avec le buste de Néfertiti. Mais jusqu’en 1924, l’objet reste invisible, à l’abri dans la maison de James Simon, mécène de Borchardt… Dès 1925, l’Égypte demande la restitution du buste, sans succès. L’affaire est enterrée avec Hitler. L’Allemagne a toujours refusé de rendre l’objet ou de le prêter.

Une expérience qui tourne mal ?

Pour Henri Stierlin (2), le buste n’est pas antique, mais n’est pas non plus un faux au sens tromperie. L’historien y voit une expérience ayant mal tournée. L’équipe de Borchardt a peut-être voulu retrouver les techniques des artistes d’Akhenaton. En effet, une quantité importante de pigments et de minéraux fut découverte durant les fouilles. Mais la visite des Altesses Impériales allemandes a fait déraper l’expérience. Elles ont vu le buste… Borchardt aurait donc inventé une découverte puis créé de toutes pièces le compte-rendu et le lieu de la découverte…

Alors, le buste de Néfertiti date-t-il d’Akhenaton ou de 1912 ? Examinons les principaux éléments du dossier.

POUR LE FAUX !

Ni rapport de fouille sur la découverte, ni exposition publique !

Que s’est-il réellement passé en ce jour de décembre 1912 ? Un objet émerge du sable d’une des pièces de l’atelier de Thoutmosis. C’est le buste qui était tombé face contre terre, quasi intact. Ce qui n’a pas manqué de surprendre alors qu’un autre buste tombé dans la même pièce était en mille morceaux… Le compte-rendu publié en 1913 sur la fouille de 1912-1913 ne parle pas du buste (et de plusieurs autres découvertes) excepté une photo en plan serré et uniquement de profil. Borchardt expliquera la découverte et l’objet en… 1923 ! Et la première exposition publique du buste se déroulera à Berlin en 1924…

Un œil manquant bien embêtant

Un œil complet fait d’incrustations manque alors que la cavité auriculaire est parfaitement propre et finie. Cette anomalie visuelle et esthétique embête. Pourquoi le sculpteur n’aurait-il pas terminé son œuvre ? En Égypte ancienne, cette anomalie n’existe pas.

La coupe des épaules, totalement anormale

Non, , en Égypte ancienne, un buste n’a pas les épaules coupées ou alors à de très rares exceptions. 

Borchardt affirme que le buste est entièrement en calcaire

Cette affirmation de l’archéologue s’appuie sur quelle analyse ? Il pouvait uniquement supposer, mais ne pas l’affirmer. Aujourd’hui nous savons que le buste a un noyau de calcaire recouvert d’une épaisse couche de plâtre.

Borchardt pouvait faire une expérience sur place

L’équipe archéologique de Borchardt a découvert un abondant stock de minéraux pour les pigments de couleurs, la pierre calcaire était disponible à Amarna. Il était théoriquement possible de créer de toutes pièces un buste pour retrouver les techniques des artistes d’Akhenaton. Il existait au début du 20e siècle d’excellents faussaires que l’Allemand avait publiquement dénoncés ! Borchardt aurait été impliqué dans la réalisation d’un faux, une stèle d’Hatshepsout ; cependant, aucune preuve ne met en cause directement l’archéologue…

Un visage et un cou exagéré et non conforme à l’art amarnien

Henri Stierlin met en avant le cou anormalement allongé, la lourde couronne, les traits des yeux, de la bouche, du nez qui seraient trop accentués et qui s’éloignent des autres têtes de la reine.

Le buste tombé de plusieurs mètres est intact

Comment un buste (assez fragile) placé sur une étagère a-t-il pu tomber par terre sans se briser alors qu’un buste découvert dans la même pièce se brisa en plusieurs morceaux ? La peinture, malgré 3500 ans dans le sable, n’a subi aucune dégradation. Elle est parfaite. Le miracle de l’archéologie sans doute…

POUR LE VRAI !

Des analyses qui ne révèlent rien de faux

La pierre, le plâtre, les pigments ont été testés et analysés. Ils sont authentiques et correspondent aux matériaux utilisés à l’époque d’Akhenaton. Mais il est impossible de dater la fabrication de l’objet en l’absence de débris végétaux, indispensables pour une analyse au Carbone 14.

Le collier floral, inconnu de Borchardt

Le collier floral est une composition de pétales de lotus et de mandragores. Or les égyptologues ne connaissaient pas ce type de collier à l’époque de la découverte (commentaire de J-P Cortegianni, « Les mystères du buste de Néfertiti », France 3, 28 décembre 2011).

 La parfaite conservation du buste n’est pas une exception !

Les archéologues ont découvert de nombreuses statues pharaoniques parfaitement préservées : scribe accroupi du Louvre, Rahotep et Nefret au musée du Caire. À Amarna, des têtes royales furent découvertes en parfait état.

Le 2e buste détruit n’est pas un argument

Oui, les archéologues ont découvert un autre buste, attribué à Akhenaton, détruit. Sa destruction peut être volontaire. Et personne ne peut dire si les deux bustes sont tombés au même moment ou si le buste de la reine fut enterré volontairement.

Les épaules coupées et l’œil manquant, pas si atypique que cela

Le fait que le buste ait les épaules coupées n’est pas un argument du faux. À Amarna, au moins un autre buste a cette coupe, ainsi qu’à la Basse Époque (1er millénaire). Quant à l’œil manquant, il n’est pas rare qu’une œuvre égyptienne ne soit pas terminée. Si ce buste est un modèle, cette absence peut aussi s’expliquer facilement.

Une grille de proportion parfaite

L’égyptologue allemand Rolf Krauss a mis en évidence l’utilisation d’une grille de proportion par les artisans d’Amarna. Cette analyse prouve que les proportions du visage, du cou et l’élancement de ce dernier ne sont pas des improvisations, mais répondent à des règles de l’art amarnien d’Akhenaton. L’étude du profil de la reine et d’une tête d’Akhenaton a mis en évidence un profil très proche. Bref, les proportions du buste ont été définies par l’artiste. Pas sûr que Borchardt connaissait cette grille amarnienne ni la concordance des profils royaux…

 

VERDICT

Voici l’heure de notre verdict. Vraie antiquité ? Faux ? Expérience ayant mal tourné ? Nous pouvons tout imaginer. Henri Stierlin pose de bonnes questions. Le malaise, et le silence, des autorités du musée berlinois comme l’écrit l’auteur et dans le documentaire diffusé sur France 3 en décembre 2011 contribuent à cette atmosphère de doutes. Pourquoi Borchardt ne présente-t-il pas le buste dans son rapport de fouilles de 1913 ? Pourquoi faut-il attendre 1923 pour que l’Allemand publie les circonstances de la découverte ? Pourquoi le buste reste-t-il caché jusqu’en 1924? Que s’est-il réellement passé lors du partage de la fouille par le directeur du musée du Caire ? Ce sont des questions intéressantes qui méritent des réponses claires et précises, mais qui ne peuvent pas prouver à elles seules un « faux ».

L’œil manquant, les épaules coupées constituent deux éléments rares dans l’art égyptien, mais pas absents. L’état de conservation ne peut être un argument en faveur du faux car des statues bien plus anciennes sont intactes. Deux détails stylistiques, non connus en 1912, sont en faveur de l’authenticité de l’œuvre : la composition du collier floral et la grille de proportion.

En conclusion, nous disons que le buste est authentique et fut réalisé durant le règne d’Akhenaton à Amarna ou à Thèbes et qu’il a pu servir de modèle aux autres statues de la reine. Oui, il y a des arguments troublants, des incohérences dans les publications de Borchardt mais ils ne peuvent pas, à eux seuls, prouver que le buste soit une œuvre moderne datant de 1912.

 

notes

1) Demande ne signifie pas demande officielle par le ministère des Affaires étrangères auprès des autorités allemandes compétentes.

2) H. Stierlin, Le buste de Néfertiti, une imposture de l’égyptologie, infolio, 2009. Et Toutankhamon Magazine n°45, « Le buste de Néfertiti : la polémique fait rage » 

 

 

Commentaires

Les épaules tronquées sont

Les épaules tronquées sont justement typiques des modèles de sculpteurs, cf la dernière exposition sur l'art de l'Egypte tardive au Musée Jacquemart André. Le reportage est vraiment dans la veine du sensationnel. Les autorités de Berlin ne sont pas du tout muettes. Elles ont donné plusieurs conférences de presse et ont répondu par des articles et non par un reportage type Discovery Channel. Il n'y a rien de secret là dedans. Lefebvre s'est fait berné lors de son inspection pour le partage des pièces, c'est tout.

Je propose une explication au

Je propose une explication au "malaise, et au silence, des autorités du musée berlinois comme l’écrit l’auteur et dans le documentaire diffusé sur France 3 en décembre 2011 " :

Si le buste est authentique (ce que je pense), les conditions dans lesquelles le "partage" a été effectué en 1913 sont plus que floues...le Musée de Berlin est bien conscient (informé) des roublardises qui ont permis sont arrivée dans le Musée, il vaut mieux donc garder le silence et ne pas provoquer les autorités Egyptiennes qui pourraient à bon droit réclamer le fameux buste !

Heureusement pour le Musée de Berlin (et nous tous), l'Egypte n'est pas à même de formuler cette demande faute de garantir la perenité de sa conservation sur le sol Egytien en ces temps troublés.

V.L.

En effet, ce buste est très

En effet, ce buste est très certainement un vrai. Trop d'éléments complexes rentrent en jeu: collier floral, grille de proportions et rapport de mesures avec d'autre bustes de l'époque. Et puis, le plâtre est d'origine, or à l'époque dater le plâtre ainsi que les couleurs à travers leurs composantes est de la science-fiction, dans ce cas pourquoi aurait-il prit tant de précautions qui ne sont évidentes que pour des hommes de notre temps?

Mais surtout, les éléments apportés par Stierlin peuvent sembler troublant au premier abord, mais ils ne jouent finalement que sur les principes de base de la "conspiration".

Etat de conversation? Il y en a d'autres, et surtout concernant la possible chute du buste... ce n'est qu'une théorie émise par Borchardt, et non une affirmation! La nuance est importante.

 Epaules? Il en existe d'autres.

L'oeil manquant? Comme beaucoup de modèles, même de nos jours, c'est le cas, puisque l'orbite est sculpté de manière à insérer l'oeil, il s'agit alors de donner une mesure.

Trop beau et parfait pour être d'époque? Non seulement c'est insulté le savoir-faire des anciens égyptiens, mais en plus cela dénote une très mauvaise connaissance de l'artisanat égyptien.

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