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Un 3e colosse de Memmon

Savez-vous que derrière les célèbres colosses dits de Memnon se trouvait un des plus grands temples « funéraires » d’Égypte, celui d’Amenhotep III ? Son nom moderne est Kom el Hettan. Plongeons-nous sur un site en pleine redécouverte qui attend le retour du colosse chantant. Depuis 12 ans, des fouilles d’urgence redonnent vie à un monument éclatant mais mal connu grâce à l’inlassable effort d’Hourig Sourouzian. Un 3e colosse a été remonté !

Cliquez sur les photos pour les agrandir.

source : Jane Akshar

Par François Tonic (paru dans Toutankhamon Magazine 39)

Inondation, démontage, pillage, rien n’épargna l’une des merveilles de la rive gauche de Louxor, la fameuse Thèbes Ouest ou encore West Bank comme on l’appelle de nos jours. L’ancien temple de millions d’années d’Amenhotep III (père d’Akhenaton) se résume pour les touristes aux colosses dits de Memnon, d’immenses monolithes assis marquant l’entrée de ce vaste monument. Le site a pour nom Kom el Hettan.

Le temple de millions d’années d’Aménophis le Grand

L’Aménophium était situé en pleine zone inondable, une partie du temple baignait dans les eaux du Nil. Le tremblement de terre de 27 av. J.-C. finit sans doute par ruiner les (derniers) vestiges du monument. Kom el Hettan fait parti des grands chantiers du roi à Thèbes Ouest avec le palais de Malqatta, la tombe royale, le Birket Habou (l’immense lac artificiel situé devant Malqatta et reliant ce dernier au Nil).

La localisation du temple a été soulignée pour son originalité, très en avant dans les terres cultivables alors que les temples antérieurs se situent plus près du désert. La grandeur de la construction a pu influencer les architectes postérieurs. Basiquement, le temple mesure 700 mètres sur 500. Il possédait trois grands pylônes. Après le 3e pylône, une longue allée de sphinx conduisait au cœur même du monument, sans doute une cour solaire.

Mais en réalité, jusqu’aux fouilles systématiques par l’équipe dirigée par Hourig Sourouzian, le plan du temple demeurait incertain, à cause d’une exploration partielle. La zone de la première cour entre les Ier et 2e pylônes reste mal connue.

Le 2e pylône

L’exploration de la zone du 2e pylône a permis, depuis 2002, de découvrir une paire de statues colossales qui se dressaient devant les deux môles. Découverte importante, car cette statuaire pesait plus de 500 tonnes ! Les archéologues espèrent remonter ces colosses particulièrement détruits. Mais de très beaux fragments demeurent.

Ils mesuraient environ 12-13 mètres et étaient taillés dans du beau quartzite. Ils représentaient le roi assis. Le colosse nord est le mieux connu grâce à un énorme fragment repéré depuis longtemps mais jamais dégagé. Il s’agit de la partie inférieure du colosse (hanches, jambes) ; le  torse incomplet et la tête furent aussi retrouvés durant l’exploration des lieux. La tête seule pèse 25 tonnes. Ce colosse a été entièrement reconstitué. 

Le dégagement permit aussi  de découvrir une statue debout de la reine Tiyi, intacte. Malheureusement, du colosse sud, hormis quelques « gros fragments », les archéologues n’ont découvert qu’un puzzle de 10 000 pièces !

Son état en 2012 (© françois tonic)

 

 

 

 

La longue fouille mit à jour les fondations du pylône. Réalisées en brique, ces fondations ont souffert de l’eau du sous-sol et du niveau de la nappe phréatique. Il faut parfois creuser le sol sur presque 2 mètres pour voir apparaître les niveaux de briques. Des blocs de granit, retrouvés durant la fouille, laissent deviner qu’il s’agissait de niches pour recevoir les grands mâts de bois flanquant le pylône. La grande porte située entre les deux môles devait être large de plus de 3 mètres (donnée du printemps 2005). Quelques blocs de pierre subsistent. Tout a disparu dès l’Antiquité.

Cependant, le temps n’a pas tout fait disparaître : plusieurs niveaux de briques laissent deviner l’importance de ce pylône et surtout quelques fragments de décors survécurent au temps. Ils indiquent l’aspect monumental des inscriptions et la qualité de la polychromie.

Deux autres statues royales remontées...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La salle hypostyle et le péristyle

La salle hypostyle et la grande cour péristyle sont ruinées comme les autres sections du temple. Mais depuis 6 ans, le plan se précise au fur et à mesure des fouilles.

La cour péristyle se découpe, selon la terminologie prise par les archéologues, en portique nord, sud, ouest, est. Le dégagement entrepris permit de retrouver de nombreuses bases de colonnes. Ici comme ailleurs, les carriers antiques, et modernes sans doute, se servirent. Durant les fouilles, de nombreux fragments de statues, parfois impressionnants, retrouvèrent la lumière, notamment une superbe tête royale en granit. Et surtout, la collection des statues de la déesse Sekhmet s’agrandit d’année en année (plusieurs dizaines aujourd’hui). La raison de leur présence reste à déterminer ainsi que leurs différents emplacements mais il se pourrait qu’elles aient pris place autour de la cour péristyle. Leur nombre reste à déterminer. Et c’est dans cette zone qu’une statue recherchée depuis des années réapparut (car perdue depuis des décennies !) : l’hippopotame blanc (malheureusement sans sa tête). L’objet fut « jeté » dans un puits creusé dans le sol puis oublié. Un vieil ouvrier se rappela l’endroit…

Devant le péristyle, une grande stèle, soutenue par du ciment moderne, se dresse fièrement depuis des années. À l’origine, deux stèles se dressaient à cet endroit. La seconde stèle est aujourd’hui inventoriée et un remontage des fragments pourrait intervenir dans les prochaines années.

Au-delà de la salle hypostyle

Une zone particulièrement méconnue reste à explorer, à fouiller. Elle est appelée la 3e cour ; à cela se rajoute le sanctuaire. Dans ce dernier lieu, quelques bases de colonnes sont connues mais il reste à en déterminer l’importance et le plan. Une exploration géomagnétique permit d’en repérer quelques structures. Il reste un travail considérable sur tout l’arrière du temple et dans les zones autour des pylônes, et entre les pylônes. Il est cependant urgent de procéder à des fouilles car, délaissées durant plusieurs décennies, les ruines se détériorent rapidement.

Un drain pour évacuer l’eau…

Un vaste drain pour abaisser le niveau de la nappe phréatique a été mis en place au-delà du 2e pylône, dans la cour péristyle et la salle hypostyle. La mise en œuvre du système a permis de découvrir les niveaux noyés et de poursuivre l’exploration du sous-sol. En tout, plus d’un kilomètre de tuyaux a été posé en profondeur avec une pompe centrale pour rejeter l’eau dans le canal Ramsès. Le niveau de l’eau a pu être abaissé de 3 mètres et représente un débit maximum de 450 m3/jour. Le plan initial s’adapta aux vestiges découverts. La maintenance (nettoyage des tuyaux, entretien des pompes) est lourde et un technicien est constamment présent. Un générateur prend le relais en cas de panne électrique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La santé fragile des colosses de Memnon

Ils trônent là depuis plus de 3350 ans. Ils subissent la dégradation naturelle, les variations de température, les séismes, les restaurations plus ou moins heureuses de l’époque romaine, les vibrations des cars et de la route toute proche. Mais ils restent là.

L’urgence n’en est pas moins grande et depuis la reprise des travaux à Kom el Hettan, les analyses et restaurations se succèdent pour comprendre les colosses, les traiter, les protéger, leur redonner une nouvelle vie, tant que faire se peut. 

En général, on lit tout et n’importe quoi sur la hauteur réelle des colosses : 16, 18, 20, voire 22 mètres. La dernière prise de mesure indique pour le colosse sud (de la base du piédestal au sommet) 17,27 m, et pour le colosse nord, 18,36 m. La différence de hauteur, pour les archéologues, serait en partie due à la restauration romaine qui a pu « raboter » la statue sud. À l’origine, les deux monolithes devaient avoir, grosso modo, la même hauteur, quitte à avoir une coiffe royale plus haute au sud qu’au nord pour trouver la symétrie.

Avec le temps, le sol s’est affaissé sous le poids des statues et les déblais, les crues ont surélevé le niveau du sol. Aujourd’hui, presque la moitié des socles se retrouve enfouie. On constate facilement l’affaissement des monolithes sur place.

Le colosse sud (le plus proche de la route moderne) n’a subi que des restaurations légères durant son existence alors que le colosse nord eut droit à une lourde restauration à l’époque romaine : c’est le célèbre colosse chantant (celui—ci après un séisme eut sa pierre fracturée et sous l’effet du vent, il se mit à « chanter »).

L’ensemble du torse fut reconstitué avec des blocs de pierre assemblés (pas moins de 18) et fixés entre eux par du mortier, des tenons en métal ou en bois. Cet assemblage saute aux yeux devant et sur la face arrière. La tête, d’origine, a été posée sur le nouveau torse. Même le piédestal a été l’objet d’une restauration avec différents blocs. La date de ces travaux demeure inconnue, peut être contemporaine du règne de Septime Sévère ou légèrement postérieure. Il semblerait aussi, aux dernières analyses, que ce colosse fut repeint, au moins partiellement, à l’époque romaine. Car n’oublions pas que les deux colosses étaient peints de couleurs vives comme l’indiquent les traces encore présentes (polychromie nettoyée et fixée).

Un démontage rigoureux au profit de Merenptah

Paradoxalement, les plus beaux vestiges du temple d’Amenhotep III ne s’admirent pas à Kom el Hettan mais sur le site du temple de Merenptah, à quelques centaines de mètres, à peine, du Ticket Office, derrière Kom el Hettan. Aucun touriste, ou presque, n’y va. Merenptah, successeur de Ramsès II, construisit une partie de son temple de millions d’années avec les pierres de Kom el Hettan. Il est possible que ce dernier ait déjà été en ruine à cette époque. Ce réemploi a permis de sauver des décors exceptionnels dont la qualité de la gravure et des couleurs donne une petite idée de la beauté époustouflante de Kom el Hettan ! La réutilisation alla jusqu’aux briques estampillées au nom d’Amenhotep III et une partie de la décoration du temple de Merenptah fut réalisée sur les reliefs de Kom el Hettan. Des statues, surtout des sphinx, furent transportées au nouveau temple.

Pour en savoir plus

Coll., « Three Seasons of Work at the Temple of Amenhotep III at Kom el Hettan », Part 1, 2, 3, 4, p. 323-520, in Annales du service des Antiquités de l’Égypte, volume 80, Le Caire, 2006.

 

 

Commentaires

Je suis passé ce matin

Je suis passé ce matin devant, le travail réalisé est magnifique et on imagine aisément la grandeur passée du site,j j'ai d'ailleurs été assez étonné devant l'affluence de touristes.... Ils reviennent et c'est tant mieux pour l'avenir de l'Egypte

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